Pourriture pédagogique

Un billet de blog buzze chez les profs depuis trois jours, « Comment j’ai pourri le web », un petit récit dans lequel Loys, « 36 ans, professeur certifié de lettres classiques dans un lycée parisien » raconte comment il a piégé ses élèves en plaçant sur quelques sites, dont Wikipedia, de fausses informations sur le poète Charles de Vion D’Alibray avant de leur demander de commenter l’une de ses oeuvres, un travail personnel à faire à la maison.

Fruit pourri (sur arbre)

51 élèves sur 65 ont gobé « à des degrés divers » ces appâts, avant que le prof ne leur révèle la supercherie. Morale de l’histoire ? « Les élèves au lycée n’ont pas la maturité nécessaire pour tirer un quelconque profit du numérique en lettres. Leur servitude à l’égard d’internet va même à l’encontre de l’autonomie de pensée et de la culture personnelle que l’école est supposée leur donner. En voulant faire entrer le numérique à l’école, on oublie qu’il y est déjà entré depuis longtemps et que, sous sa forme sauvage, il creuse la tombe de l’école républicaine. […] Et je défends ce paradoxe : on ne profite vraiment du numérique que quand on a formé son esprit sans lui.»

72000 liens sur Facebook, près de 400 000 affichages, un mail dans ma boite ce matin, et le sujet de conversation de salle des profs du jour. Ce succès indique que le récit du vandale touche une corde sensible chez mes collègues. Moi, ça me met en colère.

L’école soumet les élèves à des injonctions contradictoires : pensez par vous-même, répétez ce qu’on dit. Prenez des risques, ne vous trompez pas. Apprenez par cœur, ne plagiez jamais. Ces contradictions sont structurelles, inscrites dans les fonctions ambivalentes de l’institution. D’un côté, on impose aux élèves une culture dominante de pure autorité. De l’autre, on leur demande d’entretenir la fiction selon laquelle cette culture est librement choisie, aimée, appréciée comme supérieure par tous. La bonne élève, c’est celle qui a le bon goût de sincèrement aimer Flaubert.

On demande ici aux élèves de commenter un poème. Il ne s’agit pas d’un travail créatif, on n’attend pas d’eux qu’ils réinventent la littérature. Il y a de bonnes et de mauvaises réponses. Penser par soi-même n’est pas vraiment l’enjeu ici, il s’agit de penser, certes, mais de penser comme le prof. Apprendre à bien penser, être bien pensant. Tout comme ces expériences scientifiques reproduites en cours de bio ou de physique, il y a le goût et la couleur de la science, mais ce n’est pas de la science : on n’y fera jamais de découverte. Chaque prof vend plus ou moins la mèche, assume plus ou moins la transmission autoritaire du savoir, ou accepte plus ou moins le développement imprévisible de la pensée critique.

Internet rend plus compliquée l’hypocrisie pédagogique des exercices traditionnels. On prétend que ce qui importe c’est la démarche, alors qu’on juge le résultat. Mais un même résultat peut maintenant s’obtenir par de nouveaux moyens. La fausse monnaie du web dévalorise nos trésors de papier. Disons-le plus brutalement : les corrigés en ligne rendent accessible aux enfants de pauvres le petit truc du perroquet bien dressé qui nous permettait, auparavant, de distinguer la progéniture bourgeoise, celle qui aime sincèrement Flaubert. Voilà le scandale. Tout se mélange. Tout se vaut. « Maintenant tout est devenu horizontal » me disait un collègue (nostalgique). Pour nous, la situation n’est pas confortable. Je suis sur le point d’abandonner la lutte contre le « plagiat » (mémoriser un cours ou un manuel scolaire, c’est bien, emprunter une phrase sur le web, c’est du « plagiat », allez comprendre), mais je ne sais pas trop où je vais.

C’est par cette angoisse que je m’explique le désarroi moral qui pousse des profs à célébrer Loys. Le geek vandale qui les venge de l’obsolescence soudaine de leurs compétences de bibliothèque et de la désacralisation provoquée par ces usages instrumentaux du savoir scolaire disponible en ligne. Si Loys avait découpé une feuille d’encyclopédie papier dans un centre documentaire de lycée pour la remplacer par une fausse, mes collègues seraient choqués. La démonstration par l’absurde (« Il ne faut faire confiance à personne, croyez-moi. La preuve : je vous ai trahi ») apparaîtrait pour la démonstration absurde qu’elle est dans tout autre contexte : un président qui financerait des attentats pour se faire réélire, un magazine qui publierait de faux articles pour critiquer la presse, des parents qui frapperaient leurs enfants pour leur apprendre la vie.

Ce n’est pas si grave. Je n’ai peut-être pas l’esprit du canular. Je manque d’humour. Mais sur ce site militant de profs opposés aux nouvelles technologies (à l’école), lire que cette blague narcissique et pédante poursuivait le but hautement moral de libérer les élèves d’un « manque cruel de confiance en eux »… c’est vraiment une pourriture pédagogique.

Mar 24th, 2012
  1. Mar 24th, 2012 at 17:47 | #1

    Merci mille fois pour cet article ! Je me sens moins seule dans mon indignation face aux procédés indignes de ce sale type.

  2. Alex
    Mar 24th, 2012 at 18:28 | #4

    Hmmm.
    Je suis l’auteur du mail dans la boite du matin. A la lecture de ton billet, sans etre a 100% d’accord avec ce que tu dis. Que ce soit pour penser librement ou bien penser, dans les deux cas ca impliquer d’acquérir un minimum de compétence utile ? et puis son billet n’est pas 100% pédant ou narcissique.Mais je t’accorde qu’après lecture de ton billet, j’ai vu que la démarche du gars méritait un peu plus d’analayse et qu’il n’est pas non plus à 100% acceptable tel quel.

    Pourquoi ai-je aimé cette histoire :

    Ce qui m’avait fait réagir au départ et envoyer le lien sur ta boite était que j’approuvais la démarche de ce trentenaire geekisant. Il est vrai que j’ai vu beaucoup d’élèves copier énormément dans ma scolarité, au lycée, puis en grande école. Et que souvent, je remarquais que le copiage se faisait sans aucune culpabilité, comme si le copiage, le moindre effort faisait partie de ce qu’on attendait de nous, d’une “normalité”. Moi même je me suis retrouvé plus d’une fois en situation délicate lorsqu’on me demandait mon travail, et que sous l’injonction sociale, je partageais en me demandant néanmoins ce qui justifiait que je passe le résultat de mon travail à quelqu’un qui ne le faisait pas. Que valait la sanction de mon boulot, si à côté un autre qui a à peu pres les mêmes capacités que moi (milieu socio cult homogène) ne se donne pas la même peine pour un même résultat ? Par ailleurs je ressentais bien que le “copieur” était en train de me demander un poisson, plutôt que d’apprendre a pêcher en toute autonomie, comme le dit bien le proverbe chinois, et que lui donner ma copie n’était que d’une utilité court-termiste,et que cela subvertissait le but même de l’Education (valeur à laquelle je croyais beaucoup, il faut dire ce qui est, meme que j’y mets une majuscule), meme si me le disais pas en ces termes étant plus jeune.

    La démarche de notre prof geekisant me faisait plaisir car je trouvais que cela sortait du “zéro pointé” qui ne fait souvent que renforcer les comportements non désirés. Les élèves ont du halluciner sur le temps que le mec a pris pour leur démontrer à quel point ils n’ont pas voulu réfléchir au commentaire et surtout cela a du les flatter en partie, ils ont du se sentir respectés.Mais je suis d’accord que la démarche a néanmoins quelque chose de violent, de réactionnaire, une sorte de baffe Bayrouesque numérique à l’élève pris en flag de faire les poches du Savoir.

    Et pourtant, j’ai pas encore à 100% envie de condamner.

    Ma morale à moi :
    Car la ou je pense que notre piégeur se trompe, c’est que sa démarche, loin d’aboutir a une condamnation du numérique dans l’école, va peut être motiver ses élèves à l’utiliser encore plus, et ce, plus intelligemment. Sans s’en rendre compte, a son corps défendant, il a peut être de fait apporté de la moralisation à l’utilisation du numérique, et je suis curieux de voir si ses élèves, d’ici la fin de l’année, n’auront pas appris qu’ avant toute pédie, qu’elle soit encyclo- ou -wiki, le but est bien de construire sa pensée plutôt qu’aller la chercher toute faite. Par exemple en tentant de séparer le moment de l’apprentissage de celui de la réflexion, même quand le numérique est à disposition. En revanche si le résultat de son action ne change en rien le comportement des élèves,alors, oui il faudra trouver autre chose.

    Quel est ton pronostic ?

    • Mar 25th, 2012 at 01:25 | #5

      Ce dont on parlait au téléphone : ce n’est pas la même chose de tricher pendant un devoir surveillé (antisèche, copier le voisin, consulter son portable) et d’utiliser Internet pendant un devoir à la maison, même contre les recommandations du prof. Dans le premier cas, il y a un problème de justice de l’évaluation (ceux qui ne trichent pas sont lésés). Dans le second, on a renoncé à la justice, puisqu’on a aucun moyen pratique de faire respecter la règle. Les parents peuvent aider leurs enfants. Ou le prof particulier. Aucun principe d’équité.

      Pendant les devoirs à la maison, le problème est donc purement pédagogique, pas éthique (et d’ailleurs, penser qu’il y a 51 salauds sur 65 élèves, c’est absurde). Et c’est pédagogiquement que je pense que l’auteur se trompe.

      Mon pronostic ? Mes élèves pensent parfois me faire plaisir en m’expliquant qu’ils évitent Wikipedia, alors que je leur ai déjà recommandé pour ma part. Ils n’ont pas tort: ils ont bien compris les valeurs qui règnent au lycée. J’imagine que les siens en tireront la même leçon, simpliste mais pragmatique : l’Internet c’est le Mal (pour les profs).

      • Mar 26th, 2012 at 20:04 | #6

        L’évaluation, surtout au lycée en vue du bac, a pris de tout temps le pas sur l’apprentissage.
        Aussi il y a belle lurette que chaque lycéen a compris, que ce soit en classe ou à la maison, que ce n’est copier qui est interdit c’est de se faire prendre.
        Au fil du temps, des publications et des techniques, les méthodes de copie ont changé (papier dans le slip, mémoire de la calculette, internet …) pas son principe intégré depuis moult générations.
        Il serait plus sain d’autoriser, comme dans la vie courante, la copie plutot que de l’interdire.

  3. Mar 24th, 2012 at 19:42 | #7

    @Damien: Voir mon billet http://david.monniaux.free.fr/dotclear/index.php/post/2012/03/22/Un-prof-trolle-ses-%C3%A9l%C3%A8ves-sur-Internet%2C-la-belle-affaire%C2%A0%21

    Le véritable but de ces travaux (dissertation, commentaire composé) n’est pas de faire naître des idées originales (le professeur a des attentes respectant un certain canon : sur tel texte, on doit parler de telles choses), mais d’apprendre à rédiger en français correct un texte long et structuré, qualité utile pour la suite (par exemple pour rédiger des rapports divers et variés). Évidemment, c’est moins flatteur de dire cela que de parler de culture et de littérature.

    Un autre but est d’apprendre à lire un texte un tant soit peu complexe, dont le sens n’est pas forcément immédiat.

    De ce point de vue, c’est grave de copier-coller un devoir, car cela ne force pas à rédiger; en revanche, le fait que les idées ne soient pas originales (reprises du cours ou du manuel) ne fait pas obstacle.

    • Mar 25th, 2012 at 01:31 | #8

      Je suis d’accord, c’est le but de ces exercices d’un point de vue “compétences”, capital humain (l’école peut remplir aussi d’autres fonctions).

      Du coup, le problème devient très simple: élaborer des exercices qui encouragent l’apprentissage de ces compétences. Pendant ma première année d’enseignement, je me suis fait avoir, je leur ai demandé des fiches de lecture de bouquins de socio, et j’ai récolté de nombreux pompages sur Internet. Maintenant je leur demande par exemple des revues de presse qu’ils présentent à l’oral, le problème a disparu.

    • Mar 25th, 2012 at 01:36 | #9

      Ah oui, et j’oubliais : chez ces élèves qui ont repris des informations (fausses) en ligne “à des degrés divers”, un certain nombre a dû faire tout à fait sérieusement l’exercice de lecture et de rédaction…

    • Mirabo
      Mar 25th, 2012 at 10:44 | #10

      Mais enfin, un commentaire composé, c’est quand même autre chose que “d’apporter des idées” !? Il faut étudier le texte sous tous ses aspects pour en dégager les lignes de force, et ça ne se trouve pas sur Wikipédia, ça… Rapporter simplement des informations à propos du texte n’a aucun intérêt, même si c’est bien rédigé.

  4. Philippe
    Mar 24th, 2012 at 22:37 | #11

    merci

  5. K.
    Mar 24th, 2012 at 23:06 | #12

    Dans les commentaires (ici et ailleurs) de “l’expérience” menée par Loys, il y a toujours et encore le même implicite repris en chœur par des critiques à coté de la plaque : que ce soit avec ou sans internet, la triche serait d’abord la conséquence d’un système scolaire (et social) contradictoire. Oui. Bien sûr. Mais là n’est pas le propos de Loys. Sa conclusion, que bien peu cherche à interroger, dans un sens ou dans l’autre est explicitement : “on ne profite vraiment du numérique que quand on a formé son esprit sans lui”.

    La mise en cause n’est pas seulement celle d’internet, mais bien des attitudes, je dirais presque des rapports au monde que l’on construit et que l’on entretient à partir du moment où celui-ci est constitué massivement par ces machines particulières et inédites que sont les ordinateurs (et les infrastructures qui en dérivent).

    Et, en tant qu’informaticien professionnel ayant développé un questionnement qui s’est déployé ultérieurement dans des recherches universitaires en sciences humaines (histoire, philosophie, sociologie), je suis aujourd’hui en mesure d’abonder dans le sens de Loys : le monde numérique n’est pas simplement celui dans lequel se déploie un outil ou une technique numérique, de façon neutre et contingente. C’est d’abord et avant tout un monde qui se forme simultanément dans nos esprits et par nos pratiques, déterminés non pas de façon consciente par des sujets autonomes, mais du fait des performances et des logiques propres de ces outils.

    Les logiques et les performances en question ne sont pas compatibles avec une société à la fois désirable et responsable. Il devient d’autant plus difficile d’en prendre conscience que la notion même de désir et de responsabilité ne peuvent plus s’éprouver concrètement dans un monde numérisé.

    • Mar 25th, 2012 at 01:33 | #13

      Nous sommes tous dans la matrice, et Loys est notre sauveur ?

      • K.
        Mar 25th, 2012 at 13:11 | #14

        1) oui et 2) non

        Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour comprendre que nous sommes pris dans des déterminations qui nous échappent (et que cela n’est pas non plus réductible à un déterminisme figé et inéluctable).

        La numérisation du monde est un processus qui a une histoire (et qui donc a des ressorts inscrits dans les sociétés qui nous précèdent) et des effets structurants (y compris – et peut-être avant tout – dans l’émergence des catégories fondamentales avec lesquelles on pense le monde). Reconnaitre ce fait est un premier pas vers la possibilité d’une critique de ces déterminations pour en faire autre chose qu’un destin incontournable, une “matrice” comme vous dites.

        Ce qui est marquant, à ce titre, dans l’exposé de Loys, c’est donc sa conclusion, plus que la pseudo-démonstration sur laquelle tout le monde semble se focaliser. Il est vrai qu’elle semble titillée des points sensibles pour ceux que la mise en cause du monde tel qu’il (ne) va (pas) se limite à des discours creux sur les fourvoiements de l’éducation ou la dégradation des comportements.

        • Mar 26th, 2012 at 23:26 | #15

          Vous accusez le monde du futur des maux du passé. Contre-sens.

          «un monde qui se forme simultanément dans nos esprits et par nos pratiques, déterminés non pas de façon consciente par des sujets autonomes, mais du fait des performances et des logiques propres de ces outils.»

          Oui, la belle affaire, la technique n’est pas neutre. Scoop café philo du jour.

          Dans tous les cas, je choisis la logique propre à Linux, Firefox, Drupal, Wikipedia — et même YouTube, Google Docs, Twitter… et même Facebook !

          Plutôt que la logique propre à la modernité mass-médiatique, néo-romantique, et outrageusement pyramidale, dont nous commençons à entrevoir une porte de sortie.

          Soit dit en passant, puisqu’il faut philosopher : Wikipedia est la première solution sérieuse – et concrète – à la question de la vérité dans la post-modernité.

  6. Mirabo
    Mar 24th, 2012 at 23:21 | #16

    Ce qui me frappe dans votre article, c’est que vous semblez ne pas pouvoir imaginer que, si, un commentaire de poème est un travail créatif et que, non, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Cela me semble montrer un étonnant manque de confiance en soi, comme une croyance que la seule chose qui vous est demandée à l’école soit de mettre la main sur des réponses pré-existantes.

    Observez pourtant la manière de faire un commentaire de texte : d’abord, vous extrayez de l’œuvre toutes les caractéristiques possibles, vocabulaire, syntaxe, sonorité, images, structure, etc. : un total brain-storming (c’est très amusant). Puis vous rapprochez ces éléments ainsi dégagés : vous constatez alors l’existence de certaines lignes de force (en réalité, vous les créez) qui font se correspondre des éléments issus de différentes catégories (vocabulaire et sonorité, images et structure…)
    Ces lignes de force vous fournissent une grille de lecture du poème (et, accessoirement le plan de votre commentaire) qui vous permet en retour de réinterpréter les caractéristiques que vous aviez analysées. Ne reste plus qu’à rédiger vos découvertes de manière lisible et ordonnée…

    Vous voyez, c’est assez simple dans son principe, naturellement plus complexe dans son exécution, et cela invite à créer une “lecture” personnelle du poème que vous ne trouverez nulle part ailleurs.
    Mais où voyez-vous qu’on puisse définir une “bonne réponse” là-dedans ? C’est bien la démarche qui porte en elle-même toute sa valeur, et c’est assurément le rêve de tout professeur d’en constater la manifestation dans une copie…

  7. Mar 25th, 2012 at 01:17 | #17

    vous extrayez de l’œuvre toutes les caractéristiques possibles, vocabulaire, syntaxe, sonorité, images, structure, etc. : un total brain-storming (c’est très amusant)

    Pour avoir subi ces commentaires de texte au lycée, je peux vous l’avouer : non ça n’a rien d’amusant, c’est d’un ennui inimaginable. Et si vous essayez d’émettre la moindre once d’opinion personnelle, vous vous faites très vite rembarrer à votre place : un élève ne doit pas penser, il ne doit que reproduire.

    Dieu merci, le lycée est passé et depuis le web m’a éduqué bien plus sûrement et sagement.

    • Mirabo
      Mar 25th, 2012 at 10:52 | #18

      Changez très vite de lycée alors ;-)
      Blague à part, si c’était vraiment le cas, vos profs étaient de bien piètres pédagogues et n’avaient pas compris grand-chose à l’exercice, à moins qu’ils n’aient pas su vous l’expliquer. Encore une fois, un commentaire composé n’a rien à voir avec le fait d’émettre des “opinions”. C’est une interprétation du texte qui se base sur son analyse systématique : qu’est-ce qu’une opinion vient faire là-dedans ?

  8. Una
    Mar 25th, 2012 at 01:26 | #19

    Hummm, j’ai lu plusieurs fois ici que ce prof qui pourrit le web est “geek” ou “geekisant”… À mon avis, c’est avant tout un troll, et donc : don’t feed the troll !

    À part ça, entièrement d’accord sur l’analyse de classe applicable à cette affaire, merci !

    Une ex-bourgeoise qui n’a jamais aimé Flaubert ! (Ça existe aussi, mais l’expérience de lettres sup m’a démontré que j’aurais mieux fait de fermer ma gueule).

    • Mar 25th, 2012 at 01:39 | #20

      Oui, je regrette un peu “geek”, mais je crois que sa mise en scène de sa maîtrise technique explique une part de son succès auprès de profs qui ne connaissent pas bien Wikipedia, par exemple. Il passe pour geek.

  9. Mar 25th, 2012 at 09:27 | #21

    Merci ! J’étais en train de commencer un billet du même genre, passablement irrité par l’enthousiasme qui entourait ce texte réactionnaire. Merci de l’avoir fait.

    Je voudrais juste ajouter un élément. L’éducation d’homo sapiens vise à lui permettre de développer son intelligence.

    Une des facette de l’intelligence, c’est de savoir résoudre des problèmes, de fabriquer des outils, d’améliorer son sort par des stratégies performantes et innovantes.

    Face à un travail, les enfants les plus intelligents trouvent la méthode la plus simple et la plus rapide pour effectuer la tâche demandée. Ces mêmes enfants vont développer des trésors de concentration, de recherche et d’imaginations pour progresser dans les niveaux de leurs jeux vidéos, en y passant des heures si nécessaire. Je passe sur leurs capacités d’acquisition des techniques agronomiques hors sol pour des cultures personnelles en placard.

    La stratégie de copie sur le web est la plus brillante et mériterait la meilleure note. L’échec, c’est en effet celui de l’enseignant qui utilise des outils périmés pour stimuler l’intelligence des enfants. Le mérite du billet

    La première fois où j’ai été confronté à une intelligence pédagogique, c’était en première année de médecine il y a 35 ans : les enseignants de statistiques nous ont annoncé que nous disposerions du polycopié lors du concours. Pour eux, il était inutile d’apprendre des formules que nous trouverions partout. En revanche, comprendre était fondamental.

    Beaucoup de gens ont été rassurés par ce billet : “Ah, bon, il n’y a pas que moi qui pense que le web rend idiot”. Ils se trompent. Le web montre simplement que l’enseignement actuel est obsolète.

    • Mirabo
      Mar 25th, 2012 at 11:08 | #22

      “Pour eux, il était inutile d’apprendre des formules que nous trouverions partout. En revanche, comprendre était fondamental. ” : je suis (presque) d’accord avec vous. Presque, parce que connaître les formules permet quand même d’anticiper une méthode de résolution lorsque vous observez un problème, avant de vous attaquer à sa résolution proprement dite, et c’est un gain d’efficacité considérable. Ceci étant, si l’application d’une formule remplace la compréhension, c’est en effet la cata.

      Mais pour ce qui est de comprendre et qui est fondamental, vous dites l’inverse de ce que vous défendez : la stratégie de copie est la plus pauvre en ce qui concerne la formation cérébrale et l’amélioration de la capacité à comprendre. Vous savez bien que pour apprendre à comprendre, il faut s’arracher les neurones à trouver du sens dans un donné inconnu…

      • Mar 25th, 2012 at 13:45 | #23

        Connaître une formule est une chose, la connaître par coeur en est une autre (certaines formule statistiques sont gratinées). Ce qui compte, c’est de savoir qu’elle existe, ce qu’elle permet de calculer, et où la trouver.

        Je persiste à dire que la stratégie de copie est la meilleure, dans le cas précis décrit : Soit une exercice sans intérêt apparent, donnant l’impression d’une punition liée à un enseignement obsolète. Alors, la stratégie la plus intelligente consiste à chercher une solution toute faite, afin de garder du temps de cerveau disponible pour faire des choses plus utiles ou simplement plus gratifiantes. La formation en question c’est “où et comment trouver une solution rapide à un problème sans intérêt”.

        Maintenant, si les profs sortent de l’explication de texte ringarde pour apprendre aux élèves à réfléchir avec d’autres outils, ils auront de bonnes surprises (cfs la 4e saison de The Wire)

        Tout cela supposerait que les élèves aient leur mot à dire sur la façon dont ils sont enseignés. En troisième cycle où j’enseigne, c’est déstabilisant au début pour tout le monde, mais génial ensuite. Tant que ce contrôle cybernétique est absent, les élèves continueront à privilégier la loi du moindre effort, qui est un fondement de la productivité.

  10. Meh
    Mar 25th, 2012 at 09:48 | #24

    Je ne comprend pas ce que le Web change. De tous temps, les élèves ont recopié, que ce soit depuis les livres, la presse, le devoir d’un autre, ce que dit un parent, etc. Le Web n’est qu’une source d’information de plus, mais ça ne change strictement rien sauf qu’un petit malin se croit fort parce qu’il a “pourri le Web”; d’ailleurs je ne vois pas pourquoi tout le monde l’applaudit, on aurait falsifié la moitié de la bibliothèque tout le monde aurait hurlé au scandale. Mais étrangement, ici ça ne choque personne, comme si le Web était une technologie de “d’jeun’s” (le Web a 20 ans, mais chut !), une technologie dont il faudrait se méfier, parce que “de mon temps, les élèves utilisaient sagement les livres”. On le voir bien, l’enseignant est qualifié de “geek” parce qu’il a modifié Wikipedia.

  11. Lejules
    Mar 25th, 2012 at 09:54 | #25

    Le billet de Loys a au moins le mérite de dire que le web est un outil qui s’apprend comme le commentaire de documents ou la fibre littéraire. Oui son attitude est gênante, oui sa démonstration agace mais oui il faut apprendre de nouveaux usages : l’agrégation des multiples informations qui viennent du net mérite une place dans notre école.

    Alors, le soucis vient-il des enseignants qui ne comprennent pas le web ? Plus d’une fois, je me suis trouvé confronté à des collègues qui râlaient sur le peu d’appétit de leurs élèves pour certaines choses de l’esprit alors que d’autres collègues se souvenaient ne pas apprécier ces mêmes choses quand ils étaient eux mêmes élèves… Bref, travaillons sur le web pour que nos élèves y apprennent l’esprit critique, le soucis de comprendre et la volonté de grandir. Finalement, rien de nouveau…

  12. Gaheriet
    Mar 25th, 2012 at 10:02 | #26

    sans penser que le Web rend idiot, et en étant d’accord que les élèves se servent des ressources qui sont sur le Web et ailleurs pour s’aider dans une interprétation de texte, je reste contre un usage copier/coller de wikipedia par exemple….l’interprétation doit être normalement personnelle, du moins, appuyée sur un travail personnel et une appropriation des savoirs personnelle.
    j’espère que les élèves de ce “geek” ,au moins, comprendront que les ressources sont utilisables, et profitables, mais que ce qu’ils doivent faire, c’est se l’approprier pour le réutiliser, donc le comprendre finalement…
    Je n’ai rien contre l’usage d’internet par les élèves, nous avions bien les manuels et les encyclopédies; je suis contre le recopiage de site web, comme de manuel, ou d’encyclopédie.

  13. alain
    Mar 25th, 2012 at 10:09 | #27

    C’est très très exagéré de faire de ce prof un ennemi du web, pourquoi
    en faire un extrémiste , ennemi du web ? pour tomber dans un autre extrémisme : recopier le web sans réfléchir, c’est bien ?

    • Mar 25th, 2012 at 22:33 | #28

      Recopier le web sans réfléchir, en soi, c’est ni bien ni mal. J’ai appris le code de la route sans réfléchir, mes grands-parents connaissent par coeur les numéros des départements. J’utilise Marmiton pour cuisiner. Et alors ?

      • Mar 26th, 2012 at 20:07 | #29

        Vous confondez des choses essentiellement différentes, et je crois que c’est au coeur de la contradiction que vous voyez dans les méthodes actuelles d’enseignement.

        Code de la route : Ensemble de lois/règles arbitraires
        Numéros des départements : Code signifiant arbitraire
        Marmiton pour la cuisine : Quantités à respecter, étapes pas à pas.

        Rien de tout ceci ne nécessite effectivement la moindre compréhension.
        Tout travail quel qu’il soit, scolaire ou de recherche, comprend deux aspects distincts. Les ressources, qui sont effectivement disponibles quel que soit le médium, peu importe, et la mise en relation de ces ressources pour former une réflexion.

        Le commentaire composé n’est pas un exercice mauvais en soi, il est juste extraordinairement mal expliqué dans une grande majorité de cas (et pour avoir fait une licence de Lettres Modernes après un début d’études en science, je sais de quoi je parle) car il motive des connaissances qui n’ont pas besoin d’être apprises par coeur, qui existent sur le texte, et sert de structure à une réflexion effectivement personelle. En ceci, la dissertation par exemple, est bien pire, puisqu’elle demande de connaître au mot près des dizaines de citations.

        Ce qui est en général mal expliqué, avec le commentaire composé, c’est comment chercher des exemples matériels, pourquoi les chercher, et quel est le but de l’exercice. C’est en fait très simple, le commentaire permet, par la révélation d’indices, d’approcher le sens du texte autrement que par la simple lecture. Elle permet d’appuyer la lecture intuitive sur des éléments matériels.

        En cela, aller chercher des informations biographiques n’a rien de grave, aller lire les commentaires d’autres gens pour éclairer sa propre lecture voire s’aider à repérer des choses n’a rien de grave. Mais aller chercher un corrigé et le recopier tel quel, c’est d’une part ne pas le lire (Ce qui était d’ailleurs montré dans l’article de Loys, le corrigé qu’il a mis en ligne contenait des fautes tellement élémentaires et des contre sens tellement énormes qu’il suffisait de le lire pour s’en apercevoir, un élève de première est parfaitement capable de le voir.), c’est d’autre part se dispenser de lire le texte donné (Qui effectivement était le sonnet le plus assommant que j’ai jamais lu) et c’est finalement ne rien faire à part faire chauffer une carte bancaire. La portion d’élèves qui a recopié ce corrigé est très mal partie dans la vie, puisqu’elle ne fait rien d’autre qu’acheter le travail d’autrui. Une autre portion d’élèves a tenté de faire le travail, a eu des sources pourries sans les remettre en question, probablement parce qu’il est difficile de remettre en question le travail d’autrui à cet âge là, et d’ailleurs jusqu’à un niveau master, et a eu des soucis.

        La démonstration de Loys est effectivement forcée, elle est trollesque, mais elle n’est pas, à mon avis, fondamentalement fausse. Il fait un raccourci méthodologique. Le web n’est pas une mauvaise source d’information. Wikipédia est souvent nourri de contributions de gens parfaitement compétents, et a cet esprit encylopédiste initial qui est de confronter les éruditions disparates pour aboutir à un savoir commun, ce qui est tout à fait dynamique et admirable. Là où il a raison, c’est qu’aucun CDI ne comprend de collections de corrigés mal faits et anonymes pillables à l’envie.

        Au final, l’enseignement n’est pas si dichotomique que vous le dites. Il y a d’une part une base de ressources à acquérir, à connaître par coeur, ou a récupérer au fil des besoins (Je n’ai quasiment jamais rien appris par coeur, je déteste ça) et d’autre part l’enseignement de méthodes de reflexion, qui permettent de mettre son intelligence au service de son propos.

  14. Mar 25th, 2012 at 10:22 | #30

    Je ne suis pas prof, alors les “spécialistes” vont probablement m’envoyer paître. Mais quand même… je mets mon petit grain de sel.

    Moi, je trouve cette histoire assez drôle, elle me fait penser à Botul…

    Le résultat, c’est que les élèves se sont marrés, et ont certainement appris quelque chose : le ouèbe, c’est bien, mais ce n’est pas la Bible non plus. Le discours “institutionnel” (wikipédiatre, c’est comme ça que c’est vu, mais du coup, le discours des enseignants aussi) n’est pas forcément toujours la vérité, loin de là.

    Le prof en question n’a pas voulu les punir, juste leur montrer que, parfois, réfléchir par eux-mêmes, c’est pas mal aussi. Qu’il ne faut pas gober tout cru ce qu’on lit ou ce qu’on nous raconte.

    Je garde un souvenir ému d’un prof d’histoire de 6ème qui travaillait de cette manière. Et je suis sûre que c’est en partie grâce à lui que j’ai fait des études … d’histoire.

  15. Vince
    Mar 25th, 2012 at 10:32 | #31

    Je vais peut-être enfoncer des portes ouvertes, mais l’on “sait” que la maturité cérébrale est une chose qui ne s’acquiert pas d’un coup. Des lycéens, encore en plein développement de leurs capacités cognitives, sont un bon exemple.

    Ce qui me choque, c’est que tout le monde s’en étonne. Que certains n’aient pas l’ombre d’une idée de “comment ça marche” dans la tête des élèves qui, pourtant, passent beaucoup (trop ?) de temps devant leur professeur durant une année scolaire.

    “On ne profite vraiment du numérique que quand on a formé son esprit sans lui” .
    Non, il faut juste avoir formé son esprit. Ce qui n’est déjà pas le cas de tout le monde. Et surtout pas d’un lycéen encore en pleine organisation cérébrale (vous ne pouvez pas tirer de conclusions comme celles-ci de votre point de vue personnel uniquement, même “expert”).

    Et ne pas attendre d’élèves de lycée les capacités d’abstraction et de théorisation d’un Nietzsche ou d’un Goethe, que d’ailleurs les professeurs ont mis des années à élaborer pour eux-mêmes après le bac. Et disserter sur ce qu’est la “formation de l’esprit”… Et leur expliquer les vrais enjeux de ces exercices, et leur expliquer le bien-fondé de la hauteur de vue de l’enseignant. Vous voyez qu’il reste du chemin.

    Vous faites ça pour leur apprendre à structurer un texte long et dense ? Dites-leur. Eux vont tenter de comprendre, ou lâcher prise et tricher pour ne pas se “prendre la tête”. Le côté purement pragmatique de l’exercice va leur passer largement au dessus.

    Le même sens critique prévaut pour le numérique et pour toutes les autres expériences sensibles de l’être humain. Ce sens critique ne s’acquiert que par l’expérience, et l’accompagnement bienveillant par des maîtres. Le problème : la plupart des professeurs comme ce cher monsieur enseignent à leurs élèves comme s’ils étaient déjà des adultes accomplis.

    Alors “libérer les élèves d’un manque cruel de confiance en eux” par ce biais, c’est au mieux faire preuve d’une grande suffisance, au pire d’un immense manque de sens critique sur son rôle d’enseignant.

    Parce qu’au passage, adolescent et manque de confiance en soi… vous voyez où je veux en venir ? Non ? Dommage…

  16. Mar 25th, 2012 at 16:34 | #32

    “On ne profite vraiment du numérique que quand on a formé son esprit sans lui”

    Pour moi, ceci est typiquement une phrase de “vieux shnock”. Je m’explique : la diffusion très large du numérique a une vingtaine d’années, celle d’Internet une quinzaine, le Web 2.0 une petite dizaine.
    Donc co-existent aujourd’hui 3 générations face au numérique :
    – celle des plus de 50 ans qui ont démarré leur vie active AVANT le numérique, qui ont donc été formés intellectuellement et professionnellement sans. Ils s’y sont mis, mais, pour eux, c’est un mode de pensée secondaire (comme une langue étrangère apprise sur le tard. Qu’on peut très bien maîtriser mais qu’on a tendance à traduire de la langue maternelle vers la langue apprise).
    – celles des 30 – 45 ans qui ont fait leur scolarité sans le numérique, mais l’ont acquis au tout début de leur vie professionnelle, durant leurs études supérieures (voire leurs années lycées pour les plus). Cette génération-là est réellement “bilingue” numérique / papier. C’est une très grande chance à mon sens (peut-être parce que j’en fais partie), il y a une capacité à jongler de l’un à l’autre, à utiliser l’outil le plus performant pour soi-même selon la situation. La majorité des enseignants actuels sont de cette génération.
    – enfin la génération qui est en train de grandir, celle qui est à l’école : ils sont nés dans le numérique. Ils voient leurs parents sur ordinateur tous les jours ou presque, leur “télé” est à la demande, quand ils posent une question à leurs parents à la maison, ceux-ci vont chercher la réponse sur le Net.

    Croire que cette dernière génération pourra apprendre à penser sans le numérique revient à demander à un petit français né à Londres de pouvoir penser en français avant de penser en anglais : c’est tout simplement impossible.
    Ce n’est pas à la génération qui grandit de s’adapter au monde ancien, c’est bien à ses éducateurs (parents et enseignants) d’adapter leur éducation et enseignement au monde nouveau.

  17. Mar 25th, 2012 at 16:50 | #33

    Pour Mirabo :
    Quant à la dimension “créative” du commentaire composé, la possibilité d’y “penser par soi-même” avec simplement papier, crayon et réflexion “spontanée” ou même l’idée que ce serait la “rencontre entre un texte et son lecteur”, elle est à hurler de rire. Ce pourrait peut-être être vrai si ce n’était une épreuve de bac (et essentiellement une épreuve de bac : je me pense “littéraire”, lisant en moyenne un roman par semaine depuis l’âge de 13 ans dont une grande proportion de textes exigeants, ayant un goût très difficile en termes de style. Mais jamais il ne m’ait venu à l’esprit de faire un commentaire composé depuis que j’ai passé un bac français, ni même de “penser à la manière d’un commentaire composé” en lisant).

    J’ai eu 18 au bac français avec un commentaire composé. Sur un texte que j’ai détesté et qui m’avait mise profondément mal à l’aise (Amis par la foulée de Montherlant, auteur que je n’aime pas ni dans le style ni dans les thèmes). J’aurais préféré la dissertation, exercice qui m’a toujours plus amusée mais je savais que la note en était plus aléatoire, je n’ai donc pas pris de risque (autant pour la “confiance en soi” hein…). Je me suis bien gardée de dire ce que j’avais pensé du texte mais j’ai fait exactement ce qu’on attendait de moi sur le plan formel et technique. Zéro créativité là-dedans, zéro “pensée par moi-même” puisque j’ai gardé mes pensées pour moi.

    Enfin, toute interprétation EST opinion et vice versa (il y a un fait / un texte, je l’interprète au prisme de mes croyances / émotions / valeurs, cette interprétation est donc personnelle et n’est que MON opinion), je ne comprends même pas le distinguo que vous parvenez à faire : mon interprétation d’un texte est l’opinion que je m’en forme (qui va évidemment au delà de “c’est bien / c’est mauvais”).
    Mais l’examinateur de bac n’est pas intéressé par mon interprétation, il est intéressé par la capacité à mettre en oeuvre la méthode apprise, dans un français de bonne qualité. Point.

    • Mirabo
      Mar 25th, 2012 at 21:49 | #34

      Bonsoir Thaliane,

      si c’est ce que vous avez retenu de vos études littéraires, je vous plains sincèrement, vous êtes passée à côté de quelque chose.
      Il est bien dommage également que vous ne fassiez pas la différence entre opinion et interprétation (allez dire cela à ceux dont c’est le métier d’interpréter un texte : comédien, musicien, voire psychanalyste ! Ce fut d’ailleurs l’objet d’une discussion avec ma prof de philo), et que la créativité ne se résume pour vous qu’à l’apport d’idées originales (oui, il y a création, puisque vous inventez de toutes pièces une grille de lecture qui donne sens à un texte, parmi les centaines imaginables; or, celle-ci est à la fois personnelle et entièrement déterminée par le texte).

      Pour information, je suis musicien classique, et l’analyse musicale (qui procède exactement de la même démarche que l’analyse littéraire) est mon job quotidien. J’interprète une œuvre, c’est-à-dire que j’imagine un sens qui rende compte de la partition et me permette d’en construire une manière de la jouer. Cette interprétation m’est personnelle, et pourtant mon opinion sur l’œuvre n’a rien à faire dans l’opération…
      Évidemment, je ne rédige pas moi non plus des commentaires composés d’œuvres dans le cadre de mon travail, sauf exception. Ce n’est là qu’un exercice formateur que j’ai pratiqué autrefois au même titre que le commentaire littéraire.

      Tout cela est bien sûr difficile à décrire en trois phrases. J’espère sincèrement que vous pourrez finalement accepter qu’un commentaire composé puisse aller beaucoup plus loin que le mauvais souvenir que vous en avez. Maintenant, si vous préférez hurler de rire, chacun fait comme il veut…

      • Mar 26th, 2012 at 19:11 | #35

        Ce qui est amusant, c’est que mes deux métiers sont l’analyse de discours (analyse qualitative – formation psycho-socio) pour lesquels je construis ma grille à chaque problématique, et l’animation de sessions de créativité. Il y a à chaque fois quelqu’un qui me “note” (un client qu’il faut satisfaire) mais à croire que j’ai eu un très mauvais prof de français au lycée (2 ans la même qui ne m’a clairement pas laissé un souvenir ému. Contrairement à mes profs de philo de terminale et de prépa) parce qu’à vrai dire, je ne vois pas une seconde le rapport entre ce que j’ai fait en français et ce que je fais aujourd’hui…

  18. Julie Etienne
    Mar 25th, 2012 at 16:58 | #36

    vous vous rappelez dans La Journée de la jupe ? La prof a le flingue, elle va enfin pouvoir faire cours. Et là qu’est-ce qu’elle dit à ses élèves ? De noter que le vrai nom de Molière était Jean-Baptiste Poquelin. La démonstration que le bordel dans son cours n’était pas vraiment un pb en fait, qu’elle ne méritait pas l’attention de ses élèves, finalement. Que du savoir mort à transmettre par la force.

    • Mar 25th, 2012 at 22:36 | #37

      La critique la plus brève et dévastatrice de ce film (que je ne voulais pas voir). Merci !

  19. Eona
    Mar 25th, 2012 at 18:37 | #38

    Et si au lieu de se poser la question de la place du numérique à l’école, de débattre sur les méthodes de ce prof, etc…, on se demandait plutôt pourquoi les élèves vont chercher sur le net au lieu de penser par eux même ? Pourquoi ne sont ils pas motivés à chercher ? Pourquoi est-ce qu’on a l’impression qu’ils se font royalement chier ?

    J’ai travaillé sur un projet de serious game permettant aux élèves de collège de trouver leur voie professionnelle, de découvrir des métiers et formations associés. Après quelque enquêtes (à prendre avec des pincettes, mais quand même…), on remarque que les élèves sont assez peu motivés à aller en cours, bien que certains n’en prennent pas tout de suite conscience. Que les élèves à aller en filière “générale” en sortent sans trop savoir quoi faire, alors qu’il y a tellement de formations professionnelles…

    Finalement, le coeur du problème ne serait il pas là ? Les élèves, à leur âge, se cherchent, cherche un but. Et quand il le trouve, ça les motive à travailler. J’ai vu un élève en seconde qui avait 8 de moyenne en Maths. Il est partit en filière professionnelle l’année d’après : entre 16 et 18 de moyenne. Pourquoi ? il me l’a dit lui même : le niveau est le même, mais j’ai trouvé ma voie et ça me pousse à bien travailler.

    Je trouve que sur beaucoup de problèmes, que ce soit au lycée ou dans d’autres domaines (politiques, économiques, etc…), on se fixe sur le dessus du problème, sans vraiment chercher à en savoir la source. Ici j’ai l’impression que c’est pareil : on débat sur les méthodes du prof, sur ci ou sur ça, sans aller vraiment plus loin…

    (Attention chérie, ça va troller) : De toute façon, nous savons tous qu’il faudrait revoir complètement l’éducation ;)

  20. Mar 26th, 2012 at 09:36 | #39

    J’avais du mal à mettre un nom sur mon sentiment à propos de cette histoire. J’ai trouvé : dégoût.
    Votre article est très juste. Merci.

  21. Michel
    Mar 26th, 2012 at 09:52 | #40

    A titre personnel, ce qui me gêne dans cette histoire ce n’est pas qu’un prof puisse s’indigner et s’énerver à propos des copiages et des collages effectués à partir des données “d’internénette”, mais c’est plutôt la méthode employée qui relève plus d’une sournoiserie certaine associée à un sens de la communication malsain. Il est possible de mettre en garde ses élèves face aux dangers des “informations” non vérifiées véhiculées par “internénette” sans pour autant utiliser de telles ruses assez puantes et de divulguer ensuite leurs résultats aux médias avides de ce genre de “scandale”. C’est tout !

  22. Yun
    Mar 26th, 2012 at 11:53 | #41

    Bonjour,
    Je me permets, Michel, de réagir sur votre commentaire, que je trouve extrêmement sévère.

    Nous avons tous été adolescents. Nous avons probablement tous enduré au moins une fois le laïus inquiet ou sévère de nos parents cherchant à nous mettre en garde contre telle attitude/fréquentation. Les avons-nous écoutés ? Avons-nous sagement viré de cap parce que l’adulte nous prévenait que nous courions à l’échec ?

    Dans mon cas, la réponse est non. Il a fallu que j’aille au bout de mes expériences pour comprendre (dans un soupir contrit) que papamaman avaient raison. Et aujourd’hui que je suis officiellement adulte, je vois avec tristesse les plus jeunes commettre les mêmes erreurs que moi, mais je sais qu’ils ne m’écouteront pas davantage que je ne l’ai fait à l’époque, et qu’ils ont besoin de faire leur propre expérience de la vie pour en tirer les leçons.

    Ainsi, j’estime que l’enseignant en question a simplement agi avec intelligence en donnant à ses élèves, plutôt qu’une mise en garde qui serait rentrée par une oreille et ressortie par l’autre, le terrain concret de l’expérience et l’occasion d’apprendre de leur erreur.

    Certes, je déplore qu’il ait contribué à décrédibiliser un peu plus Internet en y semant sciemment de fausses informations, et j’ose espérer qu’une fois le canular révélé, il s’est empressé d’effacer ces fables.

    Mais à mon sens, il a en même temps donné de son énergie et de son temps pour monter cet immense traquenard ; il a poussé son rôle de prof au-delà du cadre de ses horaires hebdomadaires, ce que peux d’enseignants, je le crains, font encore aujourd’hui. Je pense qu’il a ainsi rétabli sa place de maître de la classe (= de dominant de la meute) et gagné quelques points de respect, tout en apprenant, espérons-le à ses élèves à développer un esprit (plus) critique.

    Quant à savoir s’il a révélé ce stratagème pour 1. « exciter le peuple et les folliculaires », 2. se faire mousser ou 3.toucher des élèves au-delà de sa seule classe, la question reste ouverte.

    Cordialement.

  23. Vincent
    Mar 26th, 2012 at 16:05 | #42

    Bravo pour cet article Damien, le moins que l’on puisse dire c’est que vous n’êtes pas seul. Ce que ce “pourrisseur” met en lumière c’est bien la nécessité de faire autrement. Mirabo en fait la démonstration malgré elle (ou lui ?) ici (je dis cela avec beaucoup d’empathie, ce n’est pas une critique). C’est un amour d’initié qui nous pousse à vouloir reconduire ce qui nous a donné la flamme d’enseigner, ce qui nous a fait aimer notre discipline, c’est normal que nous voulions transmettre cela à nos élèves. Mais il faut voir la question différemment : quelles sont aujourd’hui les moyens les plus adaptés à la transmission des connaissances ? comment utiliser les moyens actuels pour enrichir les apprentissages ? les rendre plus efficaces ? Par exemple dans le cas du “pourrisseur”, on pourrait imaginer demander de défendre à l’oral les commentaires, on pourrait faire comparer des sites internet, ouvrir un forum de discussion, un fil tweeter, et débattre en asynchrone pour que les élèves aient le temps de fourbir leur argumentation à partir de documents fournis par le professeur, on pourrait faire échanger les élèves sur les fameux ressentis, les éléments à saisir (très bien expliqués plus haut par Mirabo). On pourrait évaluer leur capacité à argumenter sur le forum, etc. Bref, arrêtons de commémorer des pratiques anciennes, tournons nous vers nos élèves maintenant, ils ne sont pas plus tricheurs que nous mais ils ont besoin des mêmes valeurs et savoirs que nous, ils ont besoin comme nous qu’on leur montre les beaux textes, les belles choses, qu’on leur donne les clés pour comprendre le monde. C’est la manière de leur apprendre qui doit changer. Pensons au conservatisme dynamique d’Hannah Arendt et relisons le texte de Michel Serre sur les petits poucets et petites poucettes.

  24. Bob Denard
    Mar 26th, 2012 at 18:38 | #43

    Désolé pour le pavé mais : argumentation d’une bêtise sans nom. Entre les tartes à la crème et les portes ouvertes enfoncées en enfilade, bonjour ! Et alors, la vision culcuto-niaiseuse de l’élève de lycée ou de collège. Question : pourquoi la plupart des élèves vont pomper un truc tout fait sur le net plutôt que de plancher tout seul ? Deux réponses essentiellement, souvent conjointes : 1) la grosse flemme qui semble frapper la plupart des élèves (y compris les soi-disant “bon”), 2) l’espoir d’obtenir une bonne note pour pas cher en roulant ce pauvre con de prof dans la farine. Vient s’ajouter un troisième motif : vu que tout le monde pompe (disons, une grande majorité de personnes) sur le net, et que certains enseignants n’en ont rien à secouer de récupérer des copiés-collés issus de tel ou tel site, et ne comptent pas se casser le tronc à passer 45 mn sur glouglou pour choper bidule et trucmuche la main dans le pot à confiote, même les élèves qui auraient envie de ne pas pomper sont indirectement incités par les tricheurs à tricher vu qu’ils ont moyen envie de passer pour les pauvres cons qui vont se manger un 8/20 pour 4 heures de vrai labeur, alors que le trouduc lambda aura obtenu d’un 15/20 en 15 secondes et 2 clics. Mon pauvre, y a bien pire qu’un enseignant qui pourrit le web pour révéler l’inanité de glouglou à ses élèves : y a le professeur qui n’en a rien à carrer de se voir refourguer une étude de Nerval par Jean-Pierre Richard ou autre ponte, qui se rend bien compte qu’on essaie de le prendre pour un con, mais qui préfère ne pas se fatiguer et tamponner un 18/20 sur la copie et vas-y, roule ma poule… (et qui n’hésitera pas, à côté de ça, à mettre 6/20 à un élève qui a rendu un devoir pas génial mais fait-main). Autre chose : c’est complètement con de croire que le commentaire composé littéraire est un exercice qui exige qu’on vienne plaquer les savoirs d’un cours ou d’un livre ou d’un site sur une copie. Sorti des quelques références historiques qu’on peut trouver dans n’importe quelle encyclopédie littéraire, le commentaire ou l’explication de texte sont des exercices relativement techniques où l’élève doit prouver qu’il possède une certaine finesse d’analyse et une certaine sensibilité. Et pas la peine pour ça d’aimer le texte sur lequel on bosse. Au contraire, je dirais : le fait de ne pas se reconnaître sur tout dans un texte permet de l’aborder de façon plus objective. J’ai fait certaines de mes meilleures explications de textes sur des auteurs que je n’aimais pas particulièrement. S’imaginer qu’on va mieux expliquer Flaubert parce qu’on a les codes culturels, c’est de l’ignorance pure et simple (pour ne pas dire plus). Comme si la littérature était une affaire de codes … C’est vraiment pas connaître grand chose à la littérature que de s’imaginer des trucs pareils. J’ai déjà eu élèves relativement incultes, issus de milieux très défavorisés, qui, grâce à leur sensibilité et à leur finesse d’esprit, me pondaient régulièrement des analyses très intéressantes, et avaient même des fulgurances ! La littérature n’est pas une affaire d’apprentissage par cœur, c’est simplement savoir lire ! Il y a des abrutis qui vous avaleront l’intégrale de Balzac et de tous ses commentateurs mais qui ne saurons toujours pas le lire, alors qu’un élève lambda, avec ses neurones à lui et sa sensibilité, vous sortira des choses extrêmement justes en analyse de texte (peut-être pas très bien écrites, mais justes). Ah ! Et j’oubliais le “penser comme le prof” ! Franchement, un enseignant qui attend d’un élève qu’il interprète un texte exactement comme lui est un très mauvais enseignant. Certains élèves ont des analyses relativement différentes des miennes mais très justes, parce que j’ai vu des choses qu’ils n’ont pas vues, et qu’ils ont vu des choses que je n’ai pas vues. A partir du moment où nous ne sommes pas dans le contresens pur et simple, j’applaudis des deux mains l’originalité d’une analyse.

    • Mar 26th, 2012 at 19:14 | #44

      ” l’élève doit prouver qu’il possède une certaine finesse d’analyse et une certaine sensibilité”
      Franchement, si ça n’est que ça (ou, pour ceux qui ne les “possèdent” pas), on se demande à quoi sert le prof puisqu’il s’agit d’avoir des qualités et non d’acquérir ni des compétences ni des savoirs !

      • Bob Denard
        Mar 26th, 2012 at 22:17 | #45

        “Franchement, si ça n’est que ça (ou, pour ceux qui ne les “possèdent” pas), on se demande à quoi sert le prof puisqu’il s’agit d’avoir des qualités et non d’acquérir ni des compétences ni des savoirs !” Posséder des qualités n’exclut pas le fait de pouvoir acquérir des savoirs – ou des techniques – chérie. En gros, ça signifie qu’on peut être plus ou moins fin analyste au départ, mais que l’entraînement en classe permettra d’affiner sa pratique (par l’acquisition de certains outils d’analyse et de certains réflexes). Bon, soit, certains resteront toujours plus ou moins des gros bourrins, quelle que soit la matière (et oui, les capacités physiques ne sont malheureusement pas également réparties entre les êtres humains, et il en va hélas de même pour les capacités intellectuelles, hein, sinon on serait tous des Einstein – et c’est pas le cas, me semble-t-il). Alors bon, on pourra faire de quelqu’un de très mauvais au départ quelqu’un de bon (voire mieux), et de quelqu’un de moyen au départ quelqu’un de très bon, etc. La disserte et le commentaire, ça s’apprend, ça se bosse – mais pas en allant pomper des corrigés ou des articles en lignes – ou recopier des pages de bouquins … C’est tout de même étonnant d’avoir à écrire des évidences pareilles. Enfin bon, on vit une époque moderne, comme disait l’autre.

    • Raskolnikov
      Mar 27th, 2012 at 13:36 | #46

      Franchement Bob Denard lire votre analyse votre analyse de la situation a égayé ma journée et m’ a rassuré : quelques îlots d’intelligence subsistent sur terre dans cet océan de connerie. je n’ai rien à rajouter à ce que vous dîtes, et si j’étais plagiaire, je pourrais me l’approprier. Blague à part, cette floraison de billets pompeux sur ce buzz médiatique, écrits par des gens qui n’ont pas compris ce qui avait poussé Loys à cette expérience a suscité en moi un tel sentiment de révolte et d’incompréhension que je me dis qu’on est pas sorti de l’auberge. Et le fait que Loys parade sur Europe 1 ne m’enchante pas non plus croyez moi…

    • Mar 27th, 2012 at 14:34 | #47

      Depuis l’aube de l’humanité, les commentateurs de blog ont pratiqué l’art du troll. Dans un texte argumentatif qu’il décrit lui-même comme un « pavé », l’auteur Bob Denard (il s’agit d’un pseudonyme) semble emprunter à ce registre pamphlétaire. S’il s’inscrit en effet dans un débat contemporain sur les usages des nouvelles technologies au lycée, notamment en ce qui concerne le commentaire composé, ce bref essai publié le 26 mars 2012 creuse avec bonheur une veine provocatrice faite de truculence, d’outrance et d’indignation. Une lecture plus attentive nous amène cependant à remettre en cause le caractère argumentatif du texte : n’y a-t-il pas une plainte élégiaque au fond de ce pamphlet ? Ce qui se présente d’abord comme un pavé textuel et un pavé dans la mare est aussi un épanchement placé sous le signe de la désolation. Nous nous demanderons enfin quel enfer nous chantent ces bonnes intentions.

      Le « pavé » autoréférentiel qui ouvre ce texte le leste d’une lourdeur volontaire. L’auteur tape du poing sur une table rhétorique. L’enchaînement des phrases nominales est remarquable : il s’agit d’énoncer des vérités factuelles. L’usage de l’indicatif, les « il y a », les énumérations, les chiffres donnent une impression de martèlement. Il ne s’agit pas, du propre aveu de l’auteur, d’une argumentation articulée, mais d’un bloc unique et solide de bon sens brutal. Le mélange permanent de registres soutenus et familiers participe de cette brutalité. Le mot « con », utilisé 4 fois, est une ponctuation symbolique, un point d’honneur à dire le vrai, à appeler un chat un chat.
      Une étude du lexique renforce et affine cette analyse. Outre le champs lexical relativement attendu de la pédagogie littéraire, le registre familier utilise avec insistance des images de nourriture et tisse un réseau sémantique discret de la digestion, voire de la génitalité : tarte à la crème, rouler dans la farine, pot de confiote. Se « manger » un 8/20 ou « avaler » l’intégrale de Balzac. Mais aussi « culcul », « pomper », « pondre », « roule ma poule », « trouduc lambda » et, bien sûr, « con ». Ce champs lexical peut-être en partie parodique donne une coloration freudienne au texte, que renforce l’association des figures orales et anales à la métaphore de l’argent (« pour pas cher », « mon pauvre »). L’auteur nous amène symboliquement à nous plonger dans la salissure du réel, à mettre les mains dans le cambouis, pour ne pas dire dans les excréments, le « glouglou », les « trucs » et « machins » dont on se « tamponne » et qu’on peut se « carrer » où l’on sait. Cette truculence célinienne constitue le pavé dans la mare : le lecteur est éclaboussé de la boue des choses, c’est-à-dire des corps.
      Et pourtant, ce pavé reste structuré. Sous l’apparence monolithique se révèle une argumentation raisonnée, habilement scandée par des transitions improvisées en apparence seulement : « Au contraire, je dirais », « Ah ! Et j’oubliais ». Le texte se structure ainsi en deux grandes parties, la première dénonçant le laisser-aller des profs et des élèves dans la copie, la « grosse flemme » et la fange de l’immaturité, la seconde (qui s’ouvre avec « Autre chose » mais s’épanouit à partir de « Au contraire ») célébrant l’intelligence et la finesse du bon élève, et de son prof. Il y a donc de l’espoir, et le pamphlet, contre toute attente, se termine sur une note particulièrement positive, et sans doute tout aussi autoréférentielle que son ouverture.

      Cette opposition entre la première et la deuxième partie se décline sur plusieurs plans, et notamment sur celui de l’énonciation : le texte s’ouvre sur des phrases sans sujet, c’est-à-dire sans locuteur. Ces phrases nominales permettent l’élision du « je », qui n’apparaît que dans la seconde partie, lorsque le ton s’apaise. Ce « je » absent ne nous est d’abord annoncé que par le tout premier mot du texte, un « désolé » qu’il faut prendre au sérieux : la difficulté à parler en son nom révèle la souffrance d’avoir à dire des choses douloureuses. Comme souvent, le cynisme recouvre une élégie. Le ton heurté, le recours à l’hyperbole (« bêtise sans nom », ou encore l’opposition entre 8/20 et 15/20 qui devient une opposition entre 6/20 et 18/20) signalent une colère frémissante. Les parenthèses signalent presque toujours un effort de censure qui interrompt la marche du texte vers une indignation poétique.
      C’est qu’en effet le jeu des sonorités et le goût de la langue semblent remplir pour l’auteur le rôle d’une bouée dans ce naufrage de l’école. C’est ainsi que la phrase qui permet à l’auteur d’atteindre un certain apaisement est aussi l’une des plus poétiques :

      “Autre chose : c’est complètement con de croire que le commentaire composé littéraire est un exercice qui exige qu’on vienne plaquer les savoirs d’un cours ou d’un livre ou d’un site sur une copie.”

      L’allitération qui fait raisonner le « con » indigné finit par se sublimer dans une « copie » qui a survécu aux mauvaises influences ternaires (cours, livre ou site). L’originalité individuelle peut surgir de l’inanité sonore, du « glouglou » mallarméen.
      Ce retournement du ton n’est pas sans ambiguïté, et le sentiment de désolation qui ouvre le texte teinte aussi cette partie pleine d’espérance. La tempête est passée, et le ton familier ne surgira à nouveau qu’occasionnellement, attaché au contre modèle (« abruti » qui « avale »). On y trouve d’abord le vocabulaire de la grâce, ou de l’enchantement : fulgurance, finesse, justesse, sensibilité, et, bien sûr, l’évocation de la « littérature ». S’y opposent les déterminations sociales et institutionnelles, l’inculture où le bachotage, finalement sans importance. C’est une éthique presque monacale du détachement et de la grâce qui est proposée, dans laquelle la réflexion personnelle joue le rôle du salut individuel, et où les inégalités de naissance ou de fonction s’abolissent. Le « lambda » n’y est plus un « trouduc » car il s’est élevé par la littérature.

      Ce retournement peut paraître naïf. Il n’est pas totalement convaincant, car la force de la première partie du texte pèse lourdement sur l’apaisement nuancé de la seconde partie. Le souvenir du phrasé heurté, presque plaintif, continue de hanter le lecteur. Une série de métaphores qui tisse un lien ténu entre ces parties du texte nous guide vers une interprétation. Il s’agit des évocations de la main et du geste, de la main dans le pot de confiture au « fait-main » et à l’applaudissement des deux mains, auxquelles on peut associer le pavé (« jeté » par le révolutionnaire), les portes enfoncées d’un coup d’épaule, le fait de « plancher » ou de se « casser le tronc ». Ce réseau sémantique dessine un portrait incertain du travail manuel, du menuisier ou du luthier. Au-delà de l’opposition apparente entre la première et la seconde partie existe une opposition souterraine entre le mépris et l’éloge de l’artisan. Si bien que lorsque l’auteur lâche son clavier et son pavé pour applaudir, on y voit, aussi, un renoncement, et comme l’aveu d’un échec.
      Peut-être peut-on éclairer cet échec à la lumière du mythe d’Orphée, et peut-être faut-il voir dans ces gestes de la main l’action des doigts sur les cordes d’une lyre. Ce serait le sens de la référence à Nerval, qui évoque immédiatement son plus célèbre poème. La structure du texte reproduit celle du mythe : l’auteur poète s’enfonce dans les ténèbres souterraines pour y sauver une individualité originale par la grâce de la littérature. Ce « lambda » qui renvoie au logos grec est-il sauvé ? Sa finesse, sa sensibilité le décrivent comme un être fragile, qui « n’écrit pas très bien » et qui est « inculte ». Le mythe d’Orphée symbolise l’échec pédagogique, le risque d’abandonner l’élève sur le chemin de la connaissance, lorsqu’on abandonne le détachement, l’aveuglement nécessaire à la foi lyrique en la littérature. Le refus de l’auteur d’envisager que la littérature soit « une affaire de code » est un refus de plonger le regard vers les profondeurs du social d’où est issu son élève lambda. Mais dans ce refus même, dans ce geste d’applaudir et de lâcher sa lyre, dans ce moment de célébration qui est un moment de doute…
      Ancré dans la tradition, les références littéraires (Nerval, mais aussi Flaubert et Balzac son cités, et Céline ou Mallarmé sont des inspirations probables), réhabilitant avec plaisir un argot suranné, ce texte est aussi inscrit dans la modernité. Le fond du débat est éminemment contemporain. La frustration qui se lit dans ses lignes peut se décrire en termes économiques et sociaux. Cette frustration professionnelle, celle d’un Bob Denard abandonné par ses commanditaires anonymes lors d’un quelconque coup d’Etat, c’est celle aussi d’un simple prof face à des « pontes » qui peuvent s’appeler, de manière particulièrement transparente, « Richard ». L’échec d’Orphée, c’est l’échec d’une sublimation des contraintes économiques par la littérature, le risque, terrifiant d’être replongé dans la fange, celle des élèves, celle d’un monde de petit commerce et de petits calculs où l’on risque d’être pris pour un « con ».

      Ce texte se présente comme un pavé dans la mare : l’affirmation brutale du bon sens, le lexique de l’abaissement et la structure sous-jacente de l’argument prétendent poser une vérité cynique et provocatrice. Mais sous ce cynisme se lit une douleur, la colère n’est maîtrisée que par le secours de la langue, de la poésie, et c’est la littérature seule qui rend possible le salut. L‘argumentation est donc contredite par l’élégie. La force du texte, c’est de nous proposer, au-delà d’une thèse explicite, l’expression poétique d’une angoisse presque désespérée. Un troll qui commence par s’excuser.

      • Raskolnikov
        Mar 27th, 2012 at 20:31 | #48

        L’océan de connerie sera toujours plus fort, il n’y a rien à faire. Ce commentaire doit valoir à la rigueur 3 sur 20 que je vous accorde généreusement, car vous maîtrisez la langue Française (ce qui n’est pas le cas de tout le monde). Pour le reste, vous utilisez un charabia digne d’un médecin de Molière assorti d’un pédantisme ridicule. Votre devoir est en plus émaillé de contre-sens et d’extrapolations douteuses qui ne sont en rien justifiées par le texte. Pour finir, je rajouterais que les tristes cons de votre acabit ne méritent pas que l’on perde deux minutes à corriger leur torchon. Ne vous inquiétez pas vous serez toujours plus nombreux, c’est une constante de l’humanité.
        La période actuelle diffère des précédentes pour l’unique raison que l’océan recouvre tout sans pitié (et ce n’est hélas pas l’océan de Lautréamont)

        • Peg
          Mar 28th, 2012 at 18:30 | #49

          D’un coté ; distance et humour (PARODIE de commentaire). De l’autre ; gravité malvenue, manque de hauteur et perte de logique (si vous ne voulez pas perdre deux minutes à corriger, à quoi bon noter ?).
          Du calme Raskolnikov, inspirez, expirez … tolérez
          Laissez de côté les insultes. Et rigolez.

          • Raskolnikov
            Mar 29th, 2012 at 18:26 | #50

            C’est vous qui manquez d’humour, il me semble. Traiter de troll une des contributions les plus intelligentes de cette discussion, franchement. Quand à l’humour, excusez moi, à part l’allusion au vrai Bob Denard… J’étais prêt à rire à gorge déployée à une parodie de commentaire comme celle de Loys par exemple qui elle est vraiment drôle, mais (je me trompe peut-être) j’ai plutôt lu une attaque sournoise contre la technique du commentaire avec des erreurs d’école (volontaires ?) pour éviter de répondre à ce que dit ce cher mercenaire qui lui a de l’humour, et je ne pense que mon commentaire en manque(au fait, en quoi est-il un troll ?).

  25. Bob Denard
    Mar 26th, 2012 at 18:41 | #51

    Et veuillez m’excuser pour les fautes de frappes, j’ai pas l’habitude d’écrire sur des timbres-poste.

  26. alpha
    Mar 26th, 2012 at 18:57 | #52

    bonsoir,

    le site arret sur images ” a mentionné votre blog.Je si entièrement d’accord avec ce que vous écrivez.Parfois mes élèves recopient des sites dont les données sont erronées ou inexactes.Je le leur fait gentiment remarqué ,mais je n’irais pas au-dela.

  27. Mar 26th, 2012 at 22:47 | #53

    d’apprendre à rédiger en français correct un texte long et structuré, qualité utile

    Hmm, il me semble que ça rate pas mal, vu l’état des troupes une fois à l’université… où il faut pour le coup apprendre pour de vrai à structurer des vrai textes vraiment long, à la dure !

    Écrire des dissertations en thèse antithèse synthèse est probablement la pire chose que l’on peut faire pour former quelqu’un à écrire quoi que ce soit : article scientifique, de presse, roman, publicité, scénario…

  28. Mar 26th, 2012 at 23:01 | #54

    Encore une fois, un commentaire composé n’a rien à voir avec le fait d’émettre des “opinions”. C’est une interprétation du texte qui se base sur son analyse systématique : qu’est-ce qu’une opinion vient faire là-dedans ?

    Cette phrase de votre réponse est très drôle, car elle valide et légitime à elle seule la remarque de bohwaz. Le commentaire composé comme outil pour dominer et écraser tout engagement personnel dans l’œuvre.

    et, oui, je confirme, les commentaires de textes et de poèmes au lycée sont dans mon souvenir ennuyeux, stériles et même ridicules de prétention, en particulier aux yeux d’un adolescent qui lisaient des livres d’adultes depuis l’âge de 10 ans… de Natsume Soseki à Camus… et qui dans ce déballage “systématique” ne retrouvent rien ni du désir d’écrire, ni de l’attention à leur création que les auteurs portent.

  29. Cécile
    Mar 27th, 2012 at 11:24 | #55

    Bonjour, je n’ai pas pris le temps de lire tous les commentaires et peut-être vais-je répéter des propos déjà tenus. Tant pis, je trouve important de souligner ce propos. Je trouve la démarche de Loys valable, car contrairement à l’encyclopédie papier, wikipédia et le web en général n’offre pas de filtres entre l’auteur et le lecteur. A nous de former les élèves à devenir ces filtres de fiabilité et de pertinence. Une professeur-documentaliste qui se bat au quotidien pour que les élèves soient de bons utilisateurs (lecteurs et auteurs) du web.

  30. K.
    Mar 27th, 2012 at 13:21 | #56

    Julien :
    Vous accusez le monde du futur des maux du passé. Contre-sens.

    J’accuse le présent de se refuser à une certaine lucidité sur le passé pour “préserver” un futur qui ne fait qu’en approfondir les tares

    Julien :
    Dans tous les cas, je choisis la logique propre à Linux, Firefox, Drupal, Wikipedia — et même YouTube, Google Docs, Twitter… et même Facebook !
    Plutôt que la logique propre à la modernité mass-médiatique, néo-romantique, et outrageusement pyramidale, dont nous commençons à entrevoir une porte de sortie.

    Alors, voilà le vrai scoop : la logique dont il s’agit ici de se détacher n’est pas prête de s’éteindre puisqu’un certain fétichisme numérique lui permet de rebondir sous les atours de la nouveauté. Pire : ces techniques la redoublent, non seulement par la puissance qu’elles lui fournit, mais plus fondamentalement par la convergence totale des ressorts profonds qui les animent respectivement.

    Je vois par la visite de votre site que nous avons probablement des parcours similaires quant aux techniques numériques (notamment l’initiation “précoce” à la programmation). Je suis même à peu près sur que nous avons des connaissances communes dans la communauté Drupal et/ou hackers, et que nous aurions déjà pu nous rencontrer.

    Mais c’est aussi d’avoir pris quelques distances avec ce milieu, où se cultive une certaine exhalation de l’entre-soi, qui m’a permis d’aborder d’autres “écoles” sur le sujet et d’en tirer des conclusions qui m’ont définitivement éloigné de l’idée qu’une quelconque émancipation était envisageable sur la base des techniques numériques (et que ça n’avait pas grand chose à voir avec la bonne ou mauvaise volonté des uns et des autres)

  31. ma
    Mar 27th, 2012 at 13:25 | #57

    Bonjour,
    Je crois en effet que ce que dénonce l’expérience de Loys est surtout le manque de validation de l’information par les élèves.
    Utiliser le web et notamment wikipédia comme source d’information n’est pas une faute en soi, mais lorsqu’on veut utiliser une source d’info dont la fiabilité est si variable, on doit apprendre à recouper les données collectées avec d’autres sources. C’est que j’essaie d’apprendre à mes lycéens. Un élève qui copie/colle par flemme, c’est déjà triste mais si, en plus, il copie des conneries, c’est franchement navrant ! Et la plupart de mes élèves sont d’accord avec moi quand je leur en parle.
    En cela, je suis persuadée que la démarche de Loys a porté ses fruits : la démonstration par l’exemple que s’ils n’exercent pas leur esprit critique, on pourra toujours continuer à les prendre pour des billes (pour ne pas dire autre chose) !
    En tant que prof-doc, je déplore que beaucoup de mes collègues enseignants de discipline ne se sentent pas concernés par la question de la validité de l’information…

  32. Mar 28th, 2012 at 14:14 | #58

    Bonjour!

    Merci pour ce billet qui m’a inspiré et m’a aider à réfléchir. Mes traces sont ici: http://pedagotic.uqac.ca/?post/2012/03/28/Il-a-pourri-le-web%2C-mais-je-ne-crois-pas-qu-il-a-conclu-correctement

  33. Valgor
    Mar 29th, 2012 at 17:39 | #59

    Merci pout cet article. Concernant Wikipedia, je suis toujours effarée d’entendre qu’on ne peut pas lui faire confiance parce que tout le monde peut participer. C’est justement aussi sa richesse. Combien de bourdes dans l’Encyclopaedia Universalis ? Je me souviens en avoir lues !
    Bien entendu, en falsifiant un article sur un poète obscur, on est à peu près tranquille. Je pense (je n’ai pas testé), que ce serait moins pérenne si on faisait une telle modif dans l’article sur Victor Hugo…

  34. Adeimantos
    Mar 31st, 2012 at 12:04 | #60

    Peu importe que les élèves passent des heures à recopier des pages entières dans les bibliothèques, dans des ouvrages d’annales ou sur Internet !

    La tricherie existe ailleurs que dans le monde scolaire, où jadis elle n’était pas le fait du plus grand nombre. Il faut reconnaître que l’accès facile à des bases de données, par le biais d’Internet et de l’usage des smartphones en classe change la donne à très grande vitesse.

    Ce qui est en question, contrairement à ce qu’affirme Damien Babet avec une mauvaise foi sans aucune retenue, ce ne sont pas les contradictions qui existent nécessairement dans les relations maître-élève, mais le fait que de plus en plus d’élèves utilisent les nouvelles technologies pour importer directement des informations et les utiliser sans discernement, y compris lors d’épreuves sur table surveillées. Et la question n’est pas tant qu’ils peuvent utiliser des informations erronées, ni même que que le smartphone “c’est mal”, parce que le vrai savoir est au bout de la plume !

    C’est plus banalement que les élèves transgressent allègrement et sans barguigner la ligne de partage entre le consentement à l’effort intellectuel personnel (et la confiance qui est octroyée spontanément aux interlocuteurs dans l’échange pédagogique) en se faisant passer pour ce qu’ils ne sont pas et en s’appropriant un travail de réflexion dans lequel ils n’ont joué aucun rôle. Cette transgression leur paraît normale, puisqu’il faut réussir et qu’ils considèrent (avec leur famille), que l’école est le théâtre de la compétition où tous les coups sont permis (ce qui est tout à fait vrai : personne n’est aujourd’hui renvoyé d’un lycée parce qu’il a triché).

    Certes, les apprentissages scolaires se donnent dans l’imitation et le tâtonnement. Il s’agit de s’efforcer et de se hisser vers un but, mais aussi reconnaître que l’on s’est trompé et comme pour tout exercice intellectuel qui se fonde sur des raisonnements, des arguments et des analyses, il s’agit de comprendre que les apprentissages se construisent sur la faculté de mesurer ce que l’on est capable de faire et d’être capable de prendre la mesure d’un modèle qui est présenté comme un aboutissement (lequel est accessible avec plus ou moins de facilité). Si par la tricherie on court-circuite impunément toutes les médiations de l’apprentissage, on est en droit de se demander à quoi est utile l’école (ce lieu où l’on étudie, où l’on pratique ce loisir que les Grecs nommaient scholè).

    Il est même loisible de demander à un élève qui a réussi un travail, de le recommencer afin qu’il soit mieux réussi ! Pouvons-nous appeler sanction, punition, sadisme ou torture une telle demande ? A l’évidence non ! Mais il semble que la question du travail scolaire personnel est au centre, aujourd’hui, d’une curieuse polémique. Se soustraire à l’effort, surtout éviter de se donner une heure de peine, ne pas avoir la curiosité de s’orienter soi-même dans les méandres brumeux et infinis de la réflexion, passe pour une posture à la mode …

    Damien Babet feint de ne rien voir là-dedans de moralement répréhensible, partageant l’avis d’une multitude d’intervenants sur divers blogs qui vitupèrent le professeur de lettres classiques, coupable de ridiculiser nos apprentis gentlemen-tricheurs. Tous reprennent à l’envi l’antienne assez ridicule du “professeur de lettres pervers et sadique” qui piège ses élèves (qui évidemment sont, eux de bonne foi, ou excusables parce qu’ils sont jeunes, que les jeunes sont des “apprenants fragiles et qui doivent être protégés“).

    Il y a dans ce flot (ou ce concert) de vociférations, quelque chose de très étrange, qui relève soit de la stupidité la plus impavide (et ainsi d’une idéologie aussi aveuglante qu’aliénante), qui voudrait que les tricheurs ne savent pas ce qu’ils font et donc ne doivent pas subir la rançon de leur fourberie (le tricheur ne mérite pas ce qui lui arrive), soit d’un très conscient relativisme moral. Il suffit de lire Damien Babet : ce qui est demandé aux élèves est “très contradictoire”, ergo le reproche que le maître fait à ses élèves tricheurs est infondé. Parce que tout est relatif : on demande à l’élève de se taire et de parler, d’écouter et d’écrire, d’être un génie et d’apprendre. Il n’y a pas de bon ou de mauvais élève, comme il n’y a pas de bon ou de mauvais argument. “L’homme est tous égaux” comme disent les copies des élèves et paratant, la vérité est chose entièrement subjective à quoi personne ne comprend rien (ce qui n’interdit aucunement de répandre sa vérité). Damien Babet, qui ne recule devant aucune torsion conceptuelle et semble se ranger derrière la conviction que seule la volonté de puissance organise les rapports entre les élèves et leurs maîtres, feint de croire hypocritement que l’école est responsable de ce que sont les élèves. Il devrait plutôt se demander si, dans une société où règne le subjectivisme le plus débridé, adossé à un égalitarisme à tout crin qui frise le ridicule (si les professeurs évaluent les élèves, pourquoi les élèves n’évalueraient-ils pas les professeurs ?) et en même temps où il est demandé à chacun d’entrer avec chacun dans une compétition sans limite en vue de s’enrichir, on ne verse pas nécessairement dans les conduites anomiques que chacun condamne.

    Ce n’est donc pas Internet, ou une prétendue révolution numérique qui est en cause. Ce ne sont pas les enseignants qui vivraient encore dans l’archaïsme le plus têtu. Il n’y a aucune vertu ontologique à trouver dans les technologies du numériques, pas plus que dans la pince multiprise ou dans le moteur à combustion interne. Personne n’est rendu meilleur parce qu’il sait utiliser une pince multiprise, ou piloter une automobile. C’est la même chose avec un smartphone ou un ordinateur connecté à Internet. En revanche, savoir distinguer entre divers usages d’un instrument ou d’une machine et délibérer sur l’opportunité de s’en servir, voilà à quoi n’aident pas les outils en eux-mêmes ! Et il est assez édifiant qu’il faille tenir sans cesse ce discours (et toujours plus aujourd’hui), alors que les bases de données numériques sont nombreuses, plus riches et de plus en plus facilement accessibles. Ces bases ne contiennent pas en elles-mêmes la faculté de discerner qui me permettra d’en user avec profit. C’est ce que disait très simplement le professeur de lettres qui a “pourri le web”.

    Que ses élèves se soient retrouvés pris les doigts dans la confiture est une bonne nouvelle pour eux. Mais qu’il se trouve quantité de demi-habiles et de fats pour venir les plaindre (sans parler des “experts en sociologie” qui ne sont jamais en retard d’un train pour entonner la complainte de l’inégalité et de l’injustice) est une démonstration très claire et bienvenue. En effet, nous pensions vaguement que l’usage des TICE ne permettait pas en soi d’améliorer les facultés de discernement des élèves. Maintenant, nous sommes sûrs que le développement et l’usage des technologies de l’information rend plus d’un adulte complètement sot.

    • Apr 1st, 2012 at 18:57 | #61

      Passons sur les insultes, le problème est surtout que vous me prêtez des idées qui ne sont pas les miennes, considérant que je “partage l’avis d’une multitude”.

      J’essaye de comprendre votre point de vue. On peut bien sûr juger moralement ou éthiquement les élèves, j’ai moi aussi distribué des zéros et des reproches pour des copies recopiées, et d’ailleurs c’est aussi moralement que je suis en désaccord avec Loys Bonnot. Mais ça n’interdit pas de tenir compte des circonstances. Vous confondez par exemple la triche lors des devoirs surveillés ou des examens et la recherche documentaire lors d’un travail à la maison. Je recopie ce que j’ai mis dans mon premier commentaire:

      “Ce n’est pas la même chose de tricher pendant un devoir surveillé (antisèche, copier le voisin, consulter son portable) et d’utiliser Internet pendant un devoir à la maison, même contre les recommandations du prof. Dans le premier cas, il y a un problème de justice de l’évaluation (ceux qui ne trichent pas sont lésés). Dans le second, on a renoncé à la justice, puisqu’on a aucun moyen pratique de faire respecter la règle. Les parents peuvent aider leurs enfants. Ou le prof particulier. Aucun principe d’équité.”

      Vous confondez de même je crois le rôle sélectif de la notation (le dossier scolaire avec les moyennes qui donnent accès aux classes prépas par exemple) et son rôle pédagogique (permettre à l’élève de connaître son niveau). Ces deux fonctions peuvent être contradictoires, et les élèves réclament parfois d’être notés, mais que “ça ne compte pas”, ce que les profs leur offrent rarement.

      Dans le cas décrit par Loys Bonnot, il m’est très facile de penser que la plupart des élèves ont agi de bonne foi, sans vouloir tricher, sans être moralement condamnables. Ils ont pu avoir le réflexe très simple et positif de chercher des informations sur un auteur inconnu, sur un siècle et un genre qu’ils ne connaissent pas. La “réflexion personnelle” ne permet pas d’inventer dans son coin la définition et l’histoire du sonnet, par exemple, et je pense qu’on demande à un élève d’identifier et de commenter cette forme dans son commentaire composé. Certes, ils ont désobéit à leur prof, mais peut-être ont-il cru bien faire. Je ne crois pas être naïf, et d’ailleurs il semble qu’aucun de ces élèves n’ait téléchargé les corrigés payants fabriqués par Loys Bonnot (c’est ce qui ressort notamment d’un échange lors de son passage à la radio). Ils ont donc utilisé Wikipedia et les questions sur les forums, ce qui semble indiquer une démarche authentique de recherche raisonnée (à leur niveau). Bonnot leur reproche d’ailleurs d’avoir fait des déductions (le poème serait écrit à propos de Mademoiselle de Beaunais), et pas seulement d’avoir emprunté des phrases ou des paragraphes. Il leur reproche d’avoir réfléchi, finalement…

      Bref, si l’on s’autorise à discuter des circonstances dans lesquelles les élèves utilisent Internet, plutôt que de s’accrocher à des catégories moralisatrices absolues comme “triche” et “plagiat”, on pourra peut-être commencer à trouver des terrains d’entente.

  35. Apr 5th, 2012 at 00:17 | #62

    Bonjour
    Puis-je copier l’article sur mon site en faisant un lien qui pointe bien évidemment ici ?
    Merci

    • Apr 9th, 2012 at 09:59 | #63

      Aucun problème ! (Je viens seulement de voir votre commentaire)

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